Levée du soleil à Bagan Birmanie

Voyage Birmanie – Histoire, Info, Carte et Actualité Politique au Myanmar

In Birmanie by Asian Wanderlust - Blog Voyage Asie13 Comments

Ceux qui ont lu mes précédents articles commencent surement à saisir ma conception du voyage. Plus que visiter des lieux prestigieux, c’est l’histoire et la culture des locaux qu’on est venu découvrir. Et mon addiction révélée du voyage (le fameux Wanderlust) va de pair avec ma soif de savoir.

C’est peut être votre cas aussi mais au lycée, j’étais nul en histoire. Mais vraiment nul hein … 😀 Surement par manque d’intérêt mais aussi à cause des méthodes d’enseignement très “bourrage de crane”. Le paradoxe est qu’en voyageant, je suis devenu passionné d’histoire et avide de connaissances. Car apprendre (bêtement) et comprendre sont bien 2 choses différentes.

Le fait est que j’ai quelques restes de connaissances de ma scolarité, éparpillées quelque part dans ma tête. Et quoi de mieux que le voyage pour remettre ce puzzle en ordre ?

Alors jouons mes amis, jouons. 🙂

Ce qui est passionnant avec le Myanmar, c’est que l’histoire est en train de s’écrire à l’heure où je vous parle. Et nous, voyageurs, y avons également un rôle à jouer. Mais pour comprendre la situation actuelle complexe du pays, on va devoir faire un petit saut dans le passé pour étudier rapidement les grandes phases qu’a traversé le Myanmar. On enchainera ensuite avec l’actualité du pays pour finir sur une analyse personnelle de la situation.

Ready? Fais chauffer les moteurs Doc, on remonte le temps ! 😀

Myanmar Remonter le temps Asian Wanderlust

1. Histoire du Myanmar

1.1 Origines ethniques

La population actuelle de l’union du Myanmar est composé de différentes ethnies avec chacune une origine différente. Découvrons ces ethnies dans l’ordre chronologique de leur installation dans le territoire actuel du Myanmar.

Les Karens viennent d’Asie mineure et du désert de Gobi. Ils ont traversé le Yunnan, et continuèrent leur route le long du fleuve Irrawady pour s’installer dans le sud est de l’actuel Myanmar vers 700 avant JC. Ils constituent aujourd’hui environ 7% de la population

3 siècles avant l’ère chrétienne, le territoire actuel du Myanmar fut peuplé par l’ethnie des Pyus. Ils ont migré des régions du Tibet pour aller s’installer sur les terres fertiles du bassin de l’Irrawaddy. La principale ville de royaume Puy était l’actuelle ville de Prome.

Puis vinrent les Mons (2% de la population) depuis l’Inde pour fonder leur royaume aux alentours du 7ème siècle. Ils s’installèrent notamment dans la région du Delta de l’Irrawaddy mais également dans le bassin du fleuve Chao Phraya, dans l’actuelle Thaïlande. Voir également mon article sur Sukhothaï, ville qui a été envahie par les Mons vers 1180.

Principale ethnie du Myanmar (70% de la population), les Birmans n’occupèrent le pays qu’en 849. Ils vinrent de l’Est du Tibet et fondèrent le royaume de Bagan en assimilant notamment le peuple Pyu. Au 11ème siècle, le roi birman Anawratha se distinguera en introduisant le bouddhisme dans son royaume et en envahissant tout le territoire des Mons. On lui doit également la construction des merveilleux temples de Bagan, ancienne capitale du royaume Birman.

Les Shans (10% de la population) arrivèrent ensuite vers 1364 du sud de la Chine (un peu comme les Karens), de la région du Yunan, ce qui marque une différence importante avec les Pyus, Mons ou Birmans, d’origine Tibéto-Indienne. Ils habitent l’Est du Myanmar et sont culturellement très proche des Thaï. Leur nom “Shan” est d’ailleurs une déformation du mot “Siam”, ancien nom du royaume de Thaïlande. Certains Shans ont été assimilés par la civilisation Chinoise. Mais les Shans des hauts plateaux du Nord-Est du Myanmar ont su garder une certaine “indépendance”.

Les Kashins, représentant 1% de la population, viennent du Tibet et se sont installés au Nord du pays. Ils sont donc frontalier avec la Chine et malgré leur population relativement peu nombreuse, ils couvrent un grand territoire riche en ressources naturelles, attisant beaucoup de convoitises.

Les Rakhines quant à eux sont d’origine Tibéto-Birmane. Il constituent 4% de la population actuelle du Myanmar et sont installés dans la région de l’Arakan, dans le sud-ouest du pays. Ils ont prospéré d’abord de façon indépendante, fortement inspiré par l’Inde avant de se faire envahir par les Birmans en 1785.

Carte birmanie myanmar ethnies

All credits to Asialyst.com

Vous l’aurez compris, l’origine du peuple (on devrait même dire des peuples) du Myanmar est diverse. Ces ethnies venant tantôt de l’Inde et du Tibet, tantôt de la Chine, ont développé des cultures et des traditions propres. Un des principaux défis du Myanmar est donc d’apporter de la cohésion au pays malgré cette mosaïque ethnique.

Et toutes les nations d’Asie ont eu à faire face à ce challenge à un moment donné. La Chine par exemple a résolu ce problème assez tôt (certes par la force), notamment grace à l’unification du territoire par la dynastie des “Qin”. Dynastie qui donnera d’ailleurs le nom “Chine” au pays.

1.2 Occupation Anglaise

Comme vous le savez, l’Asie n’a pas été épargné par les grandes forces coloniales de l’époque, les Portugais, les Français et les Britanniques. Ces derniers, après avoir conquis l’Inde, ont envahi le territoire Birman au 19ème siècle.

D’ailleurs, la Birmanie a d’abord été assimilée à l’Inde en 1886, en devenant une de ses provinces avec pour capitale Rangoun (l’actuelle Yangon). Elle deviendra une colonie séparée de l’Inde en 1937.

À noter que la France et l’Italie ont essayé de contrecarrer les ambitions d’expansion de la Grande-Bretagne en Birmanie mais leurs efforts ont été vains.

1.3 Occupation Japonaise et Indépendance

Bon accrochez-vous, la période de la seconde guerre mondiale est assez complexe mais je vais vous la simplifier. C’est en fait l’histoire d’un beau retournement de veste. Après la déclaration de guerre du Japon face à la Grande Bretagne fin 1941, le général Aung San en profite pour fonder l’armée pour l’indépendance et pour se ranger aux côtés des Japonais pour chasser les Anglais.

Tout marche comme prévu et en Aout 1943, la Birmanie obtient son indépendance avec Aung San à la tête de l’armée du pays. Mais l’indépendance n’est qu’une illusion et face à l’impérialisme nippon, Aung San trahit les Japonais pour se ranger du côté des alliés en Mars 1945. Opportunisme ou stratégie politico-militaire, je vous laisse juger. 🙂

La décision d’Aung San se révèle en tout cas judicieuse car les Japonais sont finalement battus et chassés du pays en Juillet 1945. Suite à des négociations avec les Britanniques, la Birmanie obtient son indépendance en 1947 et Bokyoke (général en Birman) Aung San est hissé au rang de héros de la nation.

1.4 Coup d’état militaire et fermeture du pays

Aung San était un visionnaire et savait que le principal défi du pays était d’unir toutes les ethnies autour de la nation. Il n’a malheureusement pas eu le temps de mettre ces plans en place. Il fut en effet assassiné par un opposant politique (U Saw) ainsi que 7 de ses ministres en Juillet 1947. Il eu notamment une fille du nom d’Aung San Suu Kyi qui jouera un rôle très important dans le pays.

Il s’en suit un coup d’état militaire en 1962 (encore un) mené par le général Ne Win. Cette date sonne le début d’une dictature militaire qui durera des décennies et qui plongera le pays dans l’isolement et la répression.

2. Le Myanmar aujourd’hui et Aung San Suu Kyi

2.1 Les conflits en cours

De part son histoire très riche, l’union du Myanmar a hérité d’une population diverse, organisée de façon ethnique. Les ethnies majoritaires ont pu obtenir la reconnaissance d’états qui constituent aujourd’hui le pays. Mais le pouvoir de ces états est très réduit, ils ne sont pas représentés dans le gouvernement en place et la réalité des choses est qu’ils sont sous le joug de l’ethnie majoritaire Birmane.

Ces différents états se sont donc organisés pour réclamer le pouvoir sur leur territoire et ils ont pour certains leur propre armée. Il en ressort des conflits autour des frontières territoriales de ces états, comme on peut le voir sur cette carte.

Conflit Birmanie Mynamar Carte

Il faut dire que le gouvernement discrimine régulièrement ces ethnies en imposant par exemple aux habitants le travail forcé ou pire encore en les déplaçant de leurs villages pour cause de projet industriel. Ces états ont été donc contraints de s’organiser et il en résulte des guérillas toujours en cours à l’heure où je vous parle.

La principale bataille se passe entre Birmans et Kachins dans le nord du pays. Les Kachins sont à majorité chrétienne alors que le reste des habitants du Myanmar sont Bouddhistes. Les Kachins ont également eu des positions assez ambigus lors des guerres d’indépendance. Ils ont en effet pris position avec les Anglais et contre donc les indépendantistes à l’époque de la seconde guerre mondiale.

Est-ce que cela explique le conflit actuel ? Pas totalement car peu importe où on se trouve dans le monde, les guerres sont surtout économiques et que très rarement idéologiques. Les Kachins ont en effet un territoire riche en pétrole, gaz, tek et minerais précieux et ils voudraient en profiter sans rien devoir aux Birmans. Une guérilla s’est donc peu à peu mise en place et sans le soutien de la Chine, les Kachins ne pourraient pas résister comme ils le font aujourd’hui. On en parle plus bas.

Un autre conflit mais qui ressemble plutôt à un massacre est celui des Rohingyas. Ils sont environ un million et habitent dans le sud-ouest du pays, dans l’état d’Arakan. Ils ne sont pas reconnus officiellement comme citoyen du Myanmar et sont non-répertoriés dans l’acte de citoyenneté de 1982. Pour ne pas faciliter les choses, les tensions ont même été alimentées par des moines intégristes, à leur tête Ashin Wirathu (en photo ci-dessous) qui a carrément fait un appel au meurtre de tous les musulmans du pays. Sympa ! 🙂

Ashin Wirathu ROHINGYAS BOUDDHISTES musulmans

All credits to Time Magazine

Mais contrairement à la guerre avec les Kachins, il n’y a pas de resources sur les terres Rohingyas. Du coup, aucune aide et aucun soutien n’a été perçu par ce peuple. Personne n’en veut en fait car même quand ils fuient le pays pour le Bangladesh, la Malaisie ou l’Arabie Saoudite, ils sont renvoyés à la minute par ces pays pourtant musulmans. Je vous l’ai dit, s’il n’y a pas d’intérêts économiques, personne ne s’en mêle. No money, no honey comme on dit ici en Asie. 🙂

Je blague pour dénoncer l’idiotie de cette guerre mais il n’en demeure pas moins vrai que la situation des Rohingyas reste catastrophique. Un crime contre l’humanité est en cours et le monde entier ferme les yeux.

2.2 Les forces en présence

Les militaires

La première force en présence au Myanmar est bien entendu les militaires. La junte a pourtant été officiellement dissoute en 2011, l’année où les sanctions financières Américaines ont été levées et où le pays a commencé à s’ouvrir. Mais cette dissolution n’est en fait que de la poudre aux yeux. En effet, les mêmes généraux ont troqué leurs uniformes pour des habits de civils, une façon habile de contenter les occidentaux et en même temps de garder le pouvoir.

Mais beaucoup d’entre eux se sont également convertis en business man et ils possèdent aujourd’hui la plupart des affaires lucratives du pays avec en tête l’exploitation des ressources naturelles du pays. La majorité de leurs avoirs ont d’ailleurs été transférés à Singapour, au cas où ça chaufferait trop dans le pays.

La Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD)

Aung San Suu Kyi Myanmar Birmanie

Aung San Suu Kyi

Il va sans dire que les militaires n’ont aucun soutien populaire au Myanmar. Et c’est tout le contraire pour la NLD, la « National League for Democracy », menée par la charismatique Aung San Suu Kyi (ASSK), fille du général Aung San, père de l’indépendance. J’ai personnellement beaucoup d’admiration pour celle qu’on appelle Daw Suu (Dame Suu en birman) même s’il reste quelques zones d’ombre dont je parlerais au troisième chapitre.

Daw Suu est d’abord une militante des droits de l’homme. À l’instar de Gandhi ou autre Mandela, elle croit au changement par un engagement non violent. Elle soutient ce qu’elle appelle le bouddhisme engagé. En effet, le bouddhisme est une philosophie de paix qui soutient que tous nos actes agissent sur ce qu’on appelle le Karma.

Pour illustrer le Karma, imaginez que c’est une sorte de score que vous avez et qui évolue en fonction de vos actions. Bonne action = +1 et mauvaise action = -1. À la fin de votre vie, en fonction de votre score, vous vous réincarnerez encore humain ou en être supérieur mais vous pouvez également finir dans la peau d’une grenouille par exemple si vous avez déconné. 🙂 Et ne blaguez pas avec ça, c’est vraiment la hantise des birmans de finir en animal pour leur prochaine vie.

Du coup, étant donné que le Karma punira ou félicitera tous les êtres sur terre, cela crée une sorte de passivité dans le peuple très croyant du Myanmar. Le Karma se chargera de punir les mauvais militaires, à quoi bon s’en charger. Voilà comment pensaient beaucoup de Birmans. Mais ASSK essaye de changer cela en poussant la population à plus s’engager pour reprendre en main leur destin. Et ça marche !

Malgré les repressions violentes de l’armée et les menaces constantes faites aux membres de la NLD, il semblerait que les habitants du Myanmar ont perdu leur peur et ont décidé de critiquer (presque) ouvertement le gouvernement. Petite anecdote pour illustrer ce changement, je suis parti acheter un livre de Daw Suu (je le recommande fortement d’ailleurs, il s’agit de Ma Birmanie de Alan Clements) chez un libraire. En me donnant le livre, il me raconte : tu sais, il y a 3/4 ans, on vendait cet ouvrage avec une fausse couverture car il parlait d’Aung San Suu Kyi alors qu’aujourd’hui, on porte des t-shirts de Daw Suu en pleine ville. 🙂

La Chine

Acteur incontournable de la région, la Chine a une influence très importante au Myanmar. C’est le premier partenaire économique et les accords signés avec l’empire du milieu sont nombreux. Ils concernent surtout les resources naturelles car on le sait tous, le plus gros défi de la Chine est de répondre au besoin de son immense population.

Les échanges concernent donc d’abord le pétrole et le gaz mais aussi le riz, les métaux précieux, le bois… En bref, tout ce que le Myanmar peut fournir. Et pour assurer l’approvisionnement de ces resources, la Chine joue parfois un double jeu. En effet, elle se doit d’avoir de bonnes relations avec l’armée Birmane mais elle n’hésite pas non plus à financer et à armer les rebelles Kachins. Pourquoi ? Tout simplement car ils contrôlent de nombreuses resources sur leurs territoires.

Mais ce qui est paradoxal c’est que la Chine vend également des armes à l’armée Birmane. Ces guérillas sont donc un marché juteux pour l’industrie Chinoise et elle n’a aucun intérêt à ce que ces conflits s’arrêtent. La Chine tente donc de maintenir un certain équilibre des forces pour ainsi sécuriser son approvisionnement en resources naturelles depuis les territoires Birman et Kachin tout en continuant son business des armes. Et les droits de l’homme ? Eh ben elle n’en pense pas grand chose en fait..

Les États-Unis

Mais pour les USA, les droits de l’homme sont bien entendu la priorité des priorités !! Surtout quand il y a du pétrole sur le territoire… 🙂 Vous l’aurez compris, les US épaulés par la Grande Bretagne soutiennent la LND et ASSK. Et l’intérêt croissant que portent les États-Unis au Myanmar a pu être observé à l’attribution du prix nobel de la paix à ASSK en 1991 mais également par les visites successives du président Obama à Yangon en 2012 puis 2014.

All credits to Liberation.fr

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Le Myanmar est devenu un partenaire stratégique pour la Chine et forcément, ça gène pas mal de monde. Et ça n’annonce pas forcément un avenir radieux pour l’union du Myanmar que d’être prise en étau entre les 2 grandes puissances mondiales de notre période. Parlons d’avenir d’ailleurs.

2.3 Un avenir plein d’espoir ?

Sur le papier, on peut en effet voir pas mal de signes prometteurs quant à l’avenir du pays. Le premier d’entre eux a été la libération d’ASSK en Novembre 2010 contre toutes attentes. Il s’en suit une victoire écrasante de la NLD aux élections législatives de 2012 avec les débuts de Daw Suu en tant que député.

Mais ces élections concernaient uniquement 10% du nombre total de la chambre. La NLD restera donc minoritaire malgré tout, sachant que 25% des sièges sont attribués d’office à des membres de l’armée. Mais la NLD remportera également les élections législatives de 2015, ce qui devrait enfin faire démarrer ce qu’on appelle le processus de transition démocratique.

Mais il y a encore des obstacles à ce processus et la constitution actuelle en constitue un majeur. En effet, elle stipule que tout citoyen marié à un étranger n’aura pas le droit de se présenter aux élections présidentielles du pays. Et c’est le cas d’ASSK qui a été mariée à un Anglais, décédé aujourd’hui. Cet article a en fait été rédigé sur mesure pour éviter une candidature d’ASSK et toutes les tentatives de modification ou de suppression ont pour l’instant été vaines.

L’autre défi de taille est de mettre fin aux guérillas ethniques et d’unifier enfin le pays. Car ASSK n’est pas forcément apprécié par les Kachins qui au final ne voient pas la différence entre les militaires et la NLD. En effet, les Kachins mais également d’autres ethnies souhaiteraient une ré-organisation du pays en fédérations ce qui permettrait de partager le pouvoir de l’ethnie majoritaire Birmane avec le reste des ethnies minoritaires. Mais la NLD comme l’armée n’y est pas favorable pour l’instant et les conflits armés continuent d’embraser le pays.

3. Ma vision personnelle des choses

Pendant mon voyage au Myanmar, je suis littéralement tombé amoureux du pays et surtout du peuple. De tous les pays d’Asie que j’ai visité, c’est celui qui m’a le plus marqué et j’ai vraiment une boule au ventre et des étoiles plein la tête quand j’en parle.

J’ai donc écrit cet article de façon un peu plus engagée que d’habitude car je tiens à ce pays et je souhaite vraiment qu’il garde toute son authenticité et qu’il ne change pas dans les années à venir.

Et pour décrire mes positions personnelles sur le Myanmar, je commencerais d’abord par dénoncer sans exception toutes les atrocités qu’on perpétrait les militaires durant l’exercice de leur pouvoir. Non, un pouvoir ne peut être imposé par la force.

Mais attention à la transition, car même si je trouve que les travaux d’ASSK sont admirables, il semblerait que son “activisme” se transforme petit à petit en “opportunisme”. Daw Suu a aujourd’hui un soutien populaire incontesté. Mais elle s’est rendu compte que cela ne suffisait pas et malgré ses positions dures contre l’armée dans le passé, elle commence à faire du pied aux généraux en déclarant par exemple dans un discours “aimer beaucoup l’armée”. Concession dans un soucis de rassembler ou trahison ? Le peuple a plus ou moins laissé passer, en critiquant vivement cette déclaration quand même.

L’autre critique qu’on peut lui faire c’est son silence (presque complice) sur le massacre des Rohingyas. Et c’est assez surprenant sachant qu’elle fut une fervente défenseur des droits de l’homme. Mais a priori, ça se limitait aux droits des hommes bouddhistes… Car ce génocide est bien réel mais sachant que la majorité des électeurs sont bouddhistes, un soutien a une minorité musulmane pourrait lui faire perdre des voix. Les calculs politiques ont sans doute pris la priorité sur ses convictions. Cela n’a d’ailleurs pas manqué de décevoir la communauté internationale qui lui vouait pourtant jusque là un soutien sans faille.

La dernière réserve que j’ai par rapport à ASSK c’est sa volonté d’imposer rapidement un libéralisme économique à l’Américaine au sein de son pays. Et on sent bien sur ici l’ingérence de l’occident qui voit dans le peuple du Myanmar uniquement 50 millions de nouveaux potentiels consommateurs. On sait combien le capitalisme à outrance peut faire du mal à la culture et aux traditions locales. Prions donc pour que ça n’arrive pas et pour que ce pays garde tout son charme.

Et pour se faire, nous voyageurs avons également un rôle à jouer. Nous nous devons d’être exemplaire dans nos comportements lors de notre passage dans le pays en respectant toutes les traditions et coutumes, même si elles n’ont pas de sens à vos yeux. Il arrive qu’on se positionne en donneur de leçon mais je vous propose d’adopter une position plus humble. Je dis souvent, ne donnez pas de leçons, donnez l’exemple. 🙂

Alors pour résumer un peu les choses, je reste quand même positif sur l’avancée de la situation au Myanmar mais de nature sceptique, je garde mes réserves et j’attend de voir la suite. Ce qui me rassure et qui me réjouit c’est ce peuple plein d’énergie et de curiosité et qui a une soif immense d’émancipation.

J’ai assisté à des scènes qui m’ont vraiment beaucoup émues lors de ma visite. Je me baladais le soir dans les rues de Mandalay quand des camions remplis de musiciens ont débarqué sans crier gare dans un petit parc des environs. À peine le temps de s’installer et c’était déjà la foule autour.

Asian Wanderlust – Concert Improvisé à Mandalay

Les premières notes ont sonné le début d’une fête qui a duré une bonne partie la nuit. J’observais les gens et on pouvait vraiment lire dans leurs sourires un bonheur pur et une soif infinie de libération. En voyant cette scène, 2 sentiments m’ont parcouru.

D’abord, leur bonheur a tout simplement été contagieux et j’y suis bien sur allé de ma petite danse. 😀 Puis avec un peu de recul, j’ai juste espéré qu’on n’utilise pas cette énergie débordante et cette envie d’émancipation à des fins politiques. Ce peuple mérite définitivement mieux que ça.

Voilà, j’espère que vous avez apprécié cet article qui a beaucoup d’importance à mes yeux. N’hésitez pas à le partager et à me donner vos avis dans les commentaires.

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À très vite,

MF

Comments

  1. Pingback: Birmanie, 5 raisons pour y aller | Voyageons Autrement

  2. Un grd merci pour cet article ! Je suis moi – même allée au Myanmar et je suis aussi tombée amoureuse de ce pays. Je me posais pas mal de questions sur le pays mais je n’ai pas encore eu le temps de rechercher toutes les informations.
    Ton article m’a appris beaucoup de choses.
    MERCI.
    Continues comme ça 😉

    Priscilla

  3. Pingback: 10 Questions que vous vous poserez au Myanmar

  4. Bonjour, je rédige présentement un essai sur la situation en Birmanie et le rôle d’ASSK et je trouve ton article très intéressant. Si tu as d’autres bonnes sources sur le même sujet à me proposer, fais-moi signe. 🙂

    1. Author

      Bonjour et merci pour ton commentaire. 🙂 Je te recommande le site asialyst qui est un site spécialisé dans la situation politique en Asie. https://asialyst.com/fr/tag/birmanie/ Et si ton essai sera dans le domaime public, ça sera avec un grand plaisir que je le lirai. Tu pourras me l’envoyer avec le formulaire de contact du site. Bon courage 🙂

  5. Pingback: Myanmar - Mes 7 endroits préférés à Mandalay

  6. Excellent article =) Ca fait du bien de lire qqun qui connait le sujet et dont les faits sont justes.
    Je crois que c est bien de voir ASSK comme elle est et pas comme elle est dépictée par les médias occidentaux.
    Enjoy Myanmar
    Virginie en direct de Yangon =)

    1. Author

      Merci beaucoup Virginie, content que ça t’ai plu. Très bon séjour à Yangon et au Myanmar veinarde. Ça me manque déjà. 🙂

  7. Si ASSK ne dit rien sur les Rohingyas c’est qu’elle a déjà énormément de choses à faire au niveau national et qu’elle a besoin de rassembler le pays autour d’elle. L’impopularité des Rohingyas fait qu’elle ne peut épouser leur cause, pas plus que celle des autres minorités pour le moment.

    1. Author

      Bonjour, pour rassembler le pays autour d’elle, il serait justement intéressant de se préoccuper de ces ethnies minoritaires, dans un soucis d’apaisement et de paix. Surtout pour une dame qui a passé une bonne partie de sa vie à défendre les droits de l’homme, refuser de donner son avis sur un massacre en cours dans son pays me paraît surprenant.

      1. Ceci est un point de vue occidental. Les réalités de terrain sont différentes 🙂

        1. Author

          Bonjour, je pense que le point de vue occidental serait de supporter ASSK plutôt. Et j’ai écris mon article en me basant sur bcp de témoignages, nottament de certaines minorités qui disaient se méfier de Daw Suu. À noter qu’ils votent malgré tout pr elle, estimant que ça ne peut pas être pire que la junte. 🙂

          1. Donc si tu te bases sur des témoignages locaux, tu sais bien que les problèmes que les birmans souhaitent voir régler en premier ne sont pas ceux des minorités, loin de là. Si elle veut arriver à faire quelque chose, elle doit mettre cette question de côté afin de rassembler. D’ailleurs la plupart des minorités l’ont compris et la soutienne quand même, s’alliant politiquement avec elle.

            Donc c’est effectivement un point de vu très occidental, et d’ailleurs exprimé par la communauté internationale, que de vouloir faire de cette femme une héroïne, face aux méchants militaires, qui arrivera à régler tous les problèmes en même temps. Sur place, personne ne pense comme cela.

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